Directeur artistique de la deuxième édition du Design District, Salon dans le Salon à Maison&Objet en septembre 2026, le collectif HALL HAUS dévoile les clés de son ascension fulgurante sur la scène du design.
Fondé par Abdoulaye Niang, Sammy Bernoussi, Teddy Sanches et Zakari Boukhari, HALL HAUS s’impose rapidement comme l’un des visages les plus vibrants du design français. Sa signature ? Un design global, un goût pour la scénographie et la direction artistique à la croisée des cultures, une esthétique contemporaine. Les récits pluriels font le reste.
Repéré dès 2021 et accompagné par Maison&Objet, HALL HAUS multiplie depuis les collaborations avec différentes marques et institutions phares, sans oublier de s’auto-éditer pour plus de liberté. Une reconnaissance à l’image d’une vision singulière, saluée notamment par les classements AD100 et FD100.
Le co-fondateur, Sammy Bernoussi, revient sur les moments forts d’un parcours que l’on serait tenté de prendre pour modèle.

Le lancement de Hall Haus, ça commence quand, avec quelle pièce, quelle histoire ?
S.B : Je dirai en 2021 avec la chaise « CURRY MANGO » que nous présentons, entourée de murs jaunes, à l’occasion d’une résidence à Lafayette Anticipations. Cette chaise est également finaliste, par la suite, de la Design Parade, à la Villa Noailles. C’est un premier projet manifeste qui incarne notre approche d’un design global.
Avec HALL HAUS, il y a le produit, et l’univers autour qu’on imagine pour le rendre accessible. Même le choix du nom « Curry Mango » est stratégique et donne ici une saveur à l’objet.
Il a une histoire à raconter, inspiré à la fois de la chaise Quechua, accessible et issu de la culture populaire, et de la chaise P3 signée Marcel Breuer, modèle iconique du Bauhaus. C’est une pièce de mobilier qui illustre les ponts que nous créons à travers notre pratique plus globalement.
A retenir pour les jeunes designers, lancez-vous avec un objet fort, une histoire qui ancre votre identité. Dans un monde saturé d’objets, positionnez-vous avec un discours assumé, et n’oubliez pas la compétence technique.
Les designers débutent rarement avec une chaise, nous choisissons de créer dès le début une chaise pliante, une manière de montrer aussi que nous avons ces compétences techniques. Ce projet nous a inscrit dans un univers culturel et nous permet d’être identifié auprès de la presse.
En 2022, vous êtes repérés par Paris Design Week à l’occasion de l’exposition « POUR CEUX » à Tati Barbes devenu l’Union de la Jeunesse Internationale.
S.B : Pour nous, exposer à Tati, devenu ce nouveau lieu culturel, fait sens. C’est un magasin populaire qui propose une offre accessible au plus grand nombre. On y présente notamment notre « OLYMPIC BENCH », un objet qui renvoie aux jeux olympiques et aux valeurs symboliques du sport.
Accéder aux marchés publics pour une jeune agence n’est pas chose facile aussi nous décidons d’incarner notre vision du mobilier urbain.
On perçoit dans ce moment fort du calendrier sportif, une manière de rendre cette esthétique universelle accessible à tous.
Ce produit est ensuite acquis en commande publique.
Second conseil, n’attendez pas la commande d’un client. Beaucoup de projets partent d’une attention, d’un contexte, et ensuite on fait. L’exposition « Pour Ceux », c’est faire pour soi. C’est le meilleur des portfolios. Montrer ses projets plutôt que d’en parler permet de convertir l’intérêt. Le directeur de Paris Design Week, Franck Millot, nous repère grâce à ce projet qu’il a découvre chez Tati.
En 2022, c’est aussi votre collaboration avec la galerie Theoreme Editions à travers la création de la table « UDO UDO ». Vos premiers pas sur la scène du Collectible Design ?
S.B : Oui, la table « UDO UDO » est une commande de Theoreme Editions. C’est une typologie de pièce que l’on voit à Design Miami ou au PAD. C’est un design collectible, vraiment haut de gamme. Avec cette table, on reprend le « S » du « S américain », un dessin enfantin et on fait un produit haut de gamme. Pour le matériau, on choisit un bois fluide qui s’écoule comme de l’eau, un nouveau défi technique. La table « Udo Udo » est notre premier objet commercialisé.

En 2022, c’est aussi la création de la chaise « DKR », pièce clé de votre répertoire que vous présentez en janvier 2023 à Maison&Objet. Une année décisive !
S.B : La chaise « DKR » raconte notre culture d’origine africaine, nous sommes des enfants d’émigrés. Elle dit aussi que nous partons toujours d’un contexte dans notre processus créatif. Nous savons qu’il y a le défilé Chanel et la Biennale d’Art à Dakar à ce moment-là. C’est là encore un moment stratégique, et une manière aussi de prouver qu’on peut gérer une production en Afrique en collaborant avec un atelier de métal local. Beaucoup de personnes essaient et n’y arrivent pas. La Chaise « DKR » rentre au Mobilier National en 2025.
2023, IKEA fait appel à vous.
S.B : Oui, on s’amuse à imaginer une pièce témoin pour les magasins IKEA, un salon pour des colocataires, un espace de partage. Cet espace partagé, composé des produits IKEA, nous donne envie de développer des projets en architecture d’intérieur et scénographie.
Leur conseil : ne vous enfermez pas !
Fin 2023, vous partez à Al Ula en Arabie Saoudite pour une résidence. Vous y présentez le « HAUS DARI ».
S.B : Cette exposition nous est proposée par l’Agence Française de Développement d’Al Ula et la Royal Commission d’Al Ula. Á ce moment-là, on commence à nous enfermer dans la case du mobilier urbain en métal.
Ce qui nous plait dans ce projet, c’est de prendre un symbole culturel local et de le revisiter à travers un design moderne. On s’inspire de l’esthétique des restaurants traditionnels saoudiens qu’on appelle les Al Majlis (ils se composent d’un tapis avec des coussins qu’on peut déplacer) et d’un Togo, produit phare de l’éditeur Ligne Roset, une assise basse iconique qui fait penser au Sedari marocain. De ces esthétiques croisées naît « HAUS DARI », un canapé géant de 36m2. Ce projet est présenté à Al Ula en février 2023 et à Milan ensuite pendant la Design Week. Il marque les esprits et rejoint le classement FD 100 tout récemment.
En 2024, vous collaborez avec Jean-Charles de Castelbajac rencontré à Maison&Objet. Vous ne perdez pas de temps !
S.B : Oui ! On découvre son univers à Maison&Objet et on se reconnaît tout de suite dans ses références. L’idée d’une collab autour d’une chaise apparaît, on crée la chaise « ONE FOR HALL ». En métal, ces chaises peuvent être assemblées pour devenir un banc pensé comme une chaîne de transmission. Les dossiers reprennent la forme de visages qui jouent sur les vides. Une métaphore du savoir qui comble l’ignorance. « ONE FOR HALL » est réalisée grâce à la découpe laser. Ce procédé permet d’intervenir comme sur une feuille, il illustre la passion de Jean-Charles pour le découpage et le collage.
Cette collaboration est un bel exemple de transmission entre les générations. Sur le papier, tout nous oppose et en réalité tout nous rassemble.

La même année vous êtes invités par le Mobilier national et l’Ambassade de France pour un solo show au Mexique. Toujours la couleur en fil d’ariane. Quel rapport entretenez-vous avec le jaune, la couleur signature de tous vos projets ?
S.B : L’exposition « DESIGN MIXTAPE » à Mexico, en 2024, est un projet collaboratif avec des artisans mexicains. On conçoit tout un ensemble de produits. C’est la vision Hall Haus remixée par la culture mexicaine. Sur ce projet, on est sur une double palette chromatique avec le brun de la pierre de volcan et le jaune signature. Le choix du jaune dans l’ensemble de nos projets nous permet d’être identifiables. Le jaune fait partie des 3 couleurs primaires, c’est la plus ensoleillée des trois. Elle fait penser à l’Afrique, au soleil, à la vitamine D. On recherche tous le soleil.
En septembre 2024, vous collaborez de nouveau avec Paris Design Week à travers la conception d’une programmation design sur mesure pour Lafayette Anticipations. HALL HAUS c’est une âme de curateur ?
S.B : Je dirais même plus, producteurs, programmateurs, scénographes et directeurs artistiques. Nous pensons de A à Z la programmation de HALL HAUS DESIGN DAYS pour ce lieu culturel. Chaque étage présente un projet. On rend l’invitation à Al Ula pour présenter la résidence au rez-de-chaussée. Et au premier étage, on propose « SEEINGSOUNDS », une expérience performative musicale avec différents compositeurs invités. Là encore, un autre exemple de design global. Et au dernier étage, une scénographie pour dévoiler les chaises « ONE FOR HALL » en collaboration avec Jean-Charles.
Parfois en bouleversant une identité, ici celle d’un lieu, on trouve un nouveau public. La population se diversifie avec ce programme spécifique pensé pour un lieu d’art contemporain. Hall Haus ouvre les institutions à de nouveaux publics.
En quelques années, HALL HAUS s’impose ainsi comme un acteur à part, à la croisée du design, de la scénographie et de la programmation culturelle.
Ce principe programmatif vous amène à devenir directeurs artistiques en 2025 du Design District à Maison&Objet.
S.B : Oui, repérer des concepts innovants, toucher un public attiré par le design et les nouvelles tendances, des personnes qui cherchent de nouvelles inspirations et les futurs best-sellers du marché, ça nous parle.
Vous nous en dites plus ?
S.B : La première édition, nous présentions également nos produits autoédités. L’aventure de l’autoédition débute avec Maison&Objet en janvier 2023. Le Salon nous permet d’être identifié en tant que marque commerciale, d’échanger avec des profils inspirants, de structurer notre entreprise rapidement, de dévoiler de nouveaux projets tel « L’OLYMPIC SYSTEM » à une cible business et le tabouret « RURU » au grand public.
En septembre 2026, nous revenons à nouveaux en tant que Directeurs Artistiques, nous ne présenterons pas nos produits cette fois-ci. Nous préférons séparer les deux activités aujourd’hui.
Compartimenter son activité, développer des collaborations avec des entités commerciales rémunérées et en parallèle investir dans des projets personnels est essentiel pour développer son image de marque.
Rapidement, nous différencions le côté agence et le côté marque. C’est une stratégie.
Avec HALL HAUS, on assume une identité, un propos. Parfois, on en fait un peu trop, et alors ? On sait que c’est HALL HAUS. Rendez-vous à Maison&Objet, en septembre 2026 pour découvrir les nouvelles tendances du marché. Ce que je peux vous dire c’est qu’il y aura du design !
