Paris Design Week a demandé à la curatrice Emily Marant de sélectionner les jeunes créateurs qui exposeront à l’Espace Commines dans le cadre de la Factory.
Le magazine Vogue dit d’elle qu’elle est une « it-parisienne » à connaître. Franco-Britannique, Emily Marant a grandi en France, a étudié la mode et le design à Paris, Londres et New-York. Cette trentenaire fonceuse a mis sa passion du design et de l’art en pratique en devenant curatrice, mais pas que, au sein de son agence de conseil Studio Marant. Paris Design Week l’a invitée à poser son regard sur les dossiers de candidature reçus dans le cadre de l’exposition Factory qui aura lieu à l’Espace Commines dans le Marais. Un regard jeune et pointu sur le design émergeant.
Emily Marant : Il a plusieurs facettes, mais mon but en général est de défendre la jeune création. Ce que recherchent mes clients est la veille que j’effectue sur le marché de l’art et du design. Je me définis comme curateur au sens large, je travaille par exemple à introduire l’art au sein de maisons de mode, comme je viens de le faire en créant le Art Prize de la marque The Kooples. Je monte des collaborations, des expositions éphémères, je cherche des concepts innovants. Depuis trois ans, j’ai une maison d’édition, French Cliché, qui édite du « collectible design » à la frontière avec l’art et réalisé en série limitée avec des artisans.
EM : Je me suis plongée dans une soixantaine de dossiers de candidature de la Factory pour dénicher les talents qui ont du sens dans le contexte de Paris Design Week et de son thème de l’année « Meta-Sensible ». Au fil des années, Paris design Week est devenu une tremplin essentiel pour la jeune création. On remarque que les jeunes éditeurs ou créateurs peuvent s’y exprimer de façon très particulière.
EM : Ce qui me rassure c’est que tous prennent en considération d’emblée le sujet de l’écologie. Les nouveaux éditeurs agissent, trouvent des solutions, priorisent la production locale. C’est vraiment concret. J’ai beau avoir trente ans, je n’ai pas souvenir d’avoir été éduquée petite avec ce souci permanent de l’environnement. C’est le cas de cette génération qui me suit directement. Et elle fait bouger les choses. Ils ont en plus un story-telling très fort : rien n’est gratuit, toute leur démarche est expliquée, justifiée.
EM : Nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements mais l’influence est là. Techniquement, de nouveaux logiciels et la progression de l’impression 3D permettent le dessin de formes très organiques même dans le monde réel. Il y a aussi des peintures, un peu comme de la carrosserie, qui produisent des effets de mécanique. Ils trouvent encore de nouvelles esthétiques, on sent une recherche intense, j’ai découvert des choses que je ne connaissais pas, ce qui prouve qu’on n’a pas encore fait le tour du design ! Par ailleurs, la production à grande échelle est moins valorisée que les petites productions, souvent en auto-édition. On sent une envie, une vraie motivation, une belle énergie, c’est très riche et très encourageant.