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The story behind / Faïencerie Georges, le réveil de la belle endormie

Faïencerie Georges, le réveil de la belle endormie

Publié le 6 mai 2020 Partagez

Faïencerie Georges - illustration © Sarah Bouillaud

Reprendre une faïencerie familiale centenaire était un pari imprévu et osé. Mais le monde appartient aux audacieux.

En 2009, lorsque les parents de Carole Dumont-Georges annoncent qu’ils vont prendre leur retraite, quelque chose comme le goût du regret agace Carole, leur fille unique, et son mari Jean-François Dumont. Il faut dire que Jean-Pierre et Catherine Georges s’apprêtent à se séparer d’une faïencerie dans la famille depuis quatre générations, et qui avait été fondée avant elle, en 1898. Nevers, troisième plus grande ville de Bourgogne, était réputée pour ses faïences depuis que Louis de Gonzague, duc de Nevers, en avait importé la technique d’Italie au XVIème siècle. Durant l’âge d’or des faïenceries nivernaises, au XVIIIème siècle, 12 établissements employaient jusqu’à 500 personnes. A Nevers, le XXIème siècle ne semble pas vouloir offrir un nouveau souffle à cet art séculaire de décors peints à la main sur émail cru.

Carole n’avait jamais envisagé prendre la suite de l’activité de ses parents, qui d’ailleurs n’y voyaient plus d’avenir. Jeune graphiste trentenaire installée à Paris, son mari chargé de mission dans un ministère, les deux jeunes parents profitaient de la vie culturelle et sociale intense de la capitale. Alors Adieu. Adieu l’héritage d’Emile et Marguerite, les arrière-grands-parents, les premiers à avoir repris en 1926 « l’affaire du patron » Félicien Cottard, lui-même successeur des frères Marest.  De cette époque bénie on conserve la foultitude de moules qui servaient à fabriquer, en plus des plats, assiettes et vases, des objets d’art à collectionner : petits escarpins en faïence ornés de fleurs, minuscules chaussons d’enfants offerts pour les baptêmes et aiguières, de grands pichets à manche de dragon. Marguerite avait eu l’idée de peindre des abat-jours aux motifs assortis aux pieds de lampe en faïence. Un peu chargé, mais du meilleur effet à l’époque. Deux générations plus tard, Jean-Pierre Georges avait effectué le patient travail de répertorier les centaines de moules délaissés dans les années 70 par ses parents, André et Mireille. Son choix était de reproduire les modèles anciens en suivant la lignée du décor classique. Dans l’unique boutique des parents de Carole, une clientèle locale venait s’offrir une part de tradition pour les grandes occasions. Une signature aussi : deux nœuds verts pour « de Nevers ». 

Alors Adieu ? Finalement non. C’est décidément trop bête de perdre tout cela. Carole et son mari décident de plaquer Paris et de se lancer. Mais à leur façon. Des traditions, ils gardent le savoir-faire, les décors peints à la main, l’argile façonné à l’atelier par les artisans. Les décors, eux, changent radicalement. Carole, graphiste, se souvient que Nevers s’est toujours nourrie des artistes de leur temps. Pourquoi rester ancré dans le passé ? En 2010, le design a soif de modernité et d’épure. Les formes sont simplifiées, Carole dessine d’un pinceau bleu poétique les toits de Paris, des skieurs, des avions, des parachutes, et ne s’interdit rien, pas même les poteaux électriques. « Je connaissais les techniques, car j’ai grandi dans l’atelier, raconte Carole. Mais ce qui nous a vraiment aidé, c’est de s’être nourris à Paris de tant d’expositions et de modernité. Nous avons en quelque sorte régénéré le style. »

« Il y a un lien affectif très fort des habitants de Nevers avec cette activité, c’est très touchant. »

Les premiers modèles font hurler les puristes locaux. Mais pas le jury du concours des Ateliers d’Art de France qui les récompense et leur offre une exposition à l’espace Craft du salon Maison&Objet en septembre 2013. « Le prix nous a permis de sortir de notre isolement. Nous avons bénéficié d’une formation très utile pour construire une offre adaptée au marché. » Désormais membres des Ateliers d’Art de France, Faïencerie Georges bénéficie également depuis 2013 du label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) qui reconnaît leur savoir-faire ancien. Présentées au Salon Maison&Objet en septembre et en janvier, les collections sont diffusées dans le monde entier. Dernièrement, la faïencerie s’est ouverte au marché des restaurateurs. Des assiettes représentant des chimères sur fond bleu cobalt ornent le restaurant Esterre d’Alain Ducasse au Palace Hotel Tokyo. « Comme tout est fait à la main, nous pouvons créer sur-mesure, même en très petite série, » explique Carole. C’est aussi au salon que leur nouvelle directrice commerciale s’est présentée à eux .

A Nevers subsistent aujourd’hui deux faïenceries, l’une dans un style traditionnel et l’autre plus moderne, Faïencerie Georges. « Nous sommes très soutenus, raconte Carole. Les gens nous encouragent, il y a un lien affectif très fort des habitants avec cette activité, c’est très touchant. Aujourd’hui, nous ne vivons plus à Paris mais à deux heures de là, au bord de la Loire. Et nous sommes libres. »

Faïencerie Georges

Par Caroline Tossan

Illustration © Sarah Bouillaud


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